Banner made with BannerFans.com, hosted on ImageShack.us

samedi, mars 24, 2007

medecine de l'âme...medecine du corps


Des fois en déambulant la nuit comme un fantôme,fatiguée,saturée,déprimée dans les couloirs de l'hopital,je me pose souvent la question suivante : qu'est ce qui fait que je supporte encore mon métier,qu'est ce qui fait que j'éprouve encore le même plaisir à feilleter un atlas d'anatomie ou de dermatologie,ce même plaisir que je ressentais il y a de celà six ans lorsque j'étais suspendue aux lèvres de Mr Gonzales,mon professeur d'embryologie qui nous exposait avec sa vision non moins philosophique l'origine,l'organique de la vie,la réponse est toute simple,c'est que dans la medecine , il y a beaucoup de poésie.

J'ai souvent été intriguée par le rapport étroit qui existe entre les deux,tout d'abord elles se rejoignent dans la finalité,à savoir le bien être ,le bonheur,le confort de l'homme,corps et ame ,mais cette relation s'exprime à mon avis à trois niveaux:

1)la medecine a toujours été une source d'inspiration inepuisable pour la poésie et la littérature ou le cinema, Alfred de Musset, a décrit de la plus belle des manière que l'on puisse faire c'est à dire en vers,un signe clinique en cardiologie rien qu'en observant les secousses et agitations de son frère atteint d'insuffisance aortique, ce signe porte depuis son nom, "signe de musset":

Pourquoi mon cœur bat-il si vite?
Qu'ai-je donc en moi qui s'agite
Dont je me sens épouvanté?
Ne frappe-t-on pas à ma porte?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M'éblouit-elle de clarté?
Dieu puissant!tout mon corps frissonne.
Qui vient? qui m'appelle? Personne.
Je suis seul; c'est l'heure qui sonne;
O solitude! ô pauvreté!


La nuit de Mai

2) les lettres ont à leur tour servi la medecine en enrichissant le vocabulaire et la sémiologie médicale,en humanisant le langage médical,surtout à une époque où la thechnicité lui fesait grand défaut et où un medecin qui excelle est avant tout quelqu'un qui observe,un artiste,la rendant ainsi à la fois plus ludique, agréable à assimiler ,et plus précise.
Les exemples ne manquent pas,il en existe des millions:
Le rossignol des tanneurs, typique des ouvriers dont les extrémités des doigts ulcérés par les produits chimiques, se présentait sous forme de lésions en forme d’oeil d’oiseau et produisait lors de la pression un cri de douleur expliquant son surnom,à ne pas confondre avec l’œil de perdrix, sorte de cor installé douloureusement entre deux orteils.Les références animalières sont d’ailleurs très nombreuses.Chez les sages-femmes, casser son œuf signifie faire une fausse-couche. Longtemps le col de l’utérus s’appela museau de tanche ,L’ éléphantiasis, très souvent localisé aux membres inférieurs, est une insuffisance veineuse provoquant leur démesure. La maladie du cri du chat diagnostiquée à la naissance par le cri du nourrisson est une anomalie du chromosome 5. La patte d’oie, point de jonction de trois muscles en haut de la cuisse est le siège de fréquentes tendinites. Plus connue, la queue de cheval est la fin du rachis. La toux en chant du coq signe la... coqueluche ! Dans le typhus, la langue est de perroquet et dans l’arthrose les vertèbres en bec de perroquet. La grenouillette, est une tumeur liquide sous la langue obstruant les voies salivaires et provoquant une déformation caractéristique de la voix.
Plus culturelles, les références à la littérature, aux traditions et à l’Histoire ont donné parfois de véritables syndromes. Le bovarisme signe le cas des jeunes femmes insatisfaites, qu’un mélange de vanité, d’imagination et d’ambition porte à des dispositions au dessus de leurs conditions, principalement dans le domaine sentimental. Plus souvent masculin, le syndrome de Peter Pan explique l’incapacité de certaines personnes à entrer dans l’âge adulte. L’éonisme est employé pour nommer les travestis. Le léprechaunisme, maladie héréditaire rare, transforme le visage à l’images des léprechaums, lutins du folklore irlandais. La prière mohammadienne signe une péricadite dont seule la position genoux au sol, face contre terre peut soulager. Chez les neurologues, le tic de salaam décrit une inclination rapide du tronc particulière à certaines épilepsies. Le syndrome d’Arlequin est un trouble circulatoire bénin du nourrisson dont on imagine aisément l’aspect. Le syndrome de Laetitia est un accouchement inopiné se produisant dans un lieu public, comme ce fut le cas pour la naissance de Napoléon. Le syndrome d’Alice au pays des merveilles s’observe dans certaines pathologies mentales où le sujet se perçoit comme un être minuscule ou gigantesque. Les obèses dont le ventre comprime le diaphragme produisant ainsi des troubles respiratoires amenuisant la qualité de leur sommeil nocturne et induisant une somnolence diurne développent le syndrome de Pickwick, du nom du personnage de Dickens. Toujours dans le registre des contes et légendes le fameux syndrome de Münchausen, en référence à l’officier allemand du XVIIIe siècle devenu personnage fantastique, est la pathomimie ou simulation de maladies conduisant l’intéressé sur les tables d’opération dont il revient porteur de valeureuses cicatrices. Moins drôle le syndrome de Münchausen par procuration met en jeu la vie d’enfants pour que leurs parents, le plus souvent les mères, apparaissent aux yeux des autres comme totalement dévoués au bien-être de leur progéniture.Dans un autre genre, le mithridatisme, en référence au roi Mithridate, consiste à s’immuniser contre un poison en l’absorbant régulièrement à petite dose. Le syndrome d’Ondine, nymphe se vengeant radicalement de son mari en lui supprimant son mécanisme respiratoire pendant qu’il dort, est heureusement beaucoup moins fréquent. Et, cerise sur le gâteau, la syphilis, tire son non de l’œuvre de Fracastoro Girolamo, médecin et poète véronais du XVIe siècle, où elle est admirablement décrite chez le berger Syphilus, frappé de ce mal incurable par Apollon !
la fantaisie va plus loin encore: La méningite a pour symptôme caractéristique les vomissements en fusée. Une malformation de le la valvule mitrale s’appelle la valvule en parachute.Le souffle amphorique s’entend au stéthoscope à l’auscultation des poumons, de même que les râles bulbeux semblables au glougloutement produit lorsqu’on souffle dans un verre d’eau avec une paille.La candidose buccale est plus connue sous le nom de muguet. La maladie des os de verre provoque de multiples fractures par décalcification. La paralysie des amoureux, heureusement momentanée, provient de la compression du nerf radial par la tête du partenaire.les tumeurs sont dites des patates ou des pêches.La selle turcique,siège de la glande l’hypophyse, renvoie à la selle des guerriers turcs.Le front olympien, anormalement étiré vers le haut, fait référence à la hauteur de l’Olympe mythologique.la tabatière anatomique est le petit creux situé au bord du poignet dans le prolongement du pouce,autrefois très utile aux priseurs de tabac.La scarlatine générait des éruptions en carte de géographie! Certaines lésions cérébrales très graves provoquent une contraction du corps en opisthotonos, avec les mains en position d’accélération sur une poignée de gaz, ce qui s’appelle alors faire de la mobylette.la goutte militaire est la blennorragie chronique appelée aussi plus joliment coup de pied de Vénus. Les bruits sont aussi particulièrement évocateurs : bruit de galop pour les insuffisances cardiaques, bruit de pistolet pour les insuffisances aortiques. Ressentie dans la pneumonie la douleur en coup de poignard ne laisse aucun doute sur son origine ,La douleur du membre fantôme ne lâche jamais les amputés.

3)et enfin,quand le medecin est bon poète, et quand un poète raisonne en medecin, c'est à dire avec une logique de medecin,avec de la distance critique de l'évènement jusqu'à frôler la froideur,le résultat,est des chefs d'oeuvres littéraires et philosophique comme c'est le cas pour Avicenne: extraits "des poèmes de la medecine" :

- Un homme qui promet…, fit-elle désabusée (Yasmina) Les promesses d'hommes sont pareilles aux vagues de la mer : elles meurent aussi vite qu'elles naissent. Page 185
- Ce qui est imparfait chez toi, Ibn Sina, c'est ta crainte de l'amour…
Il ne put s'empêcher de sourire.
- c'est bien. Alors dis-moi ce qu'est l'amour ?
- Le don de soi. Le sacrifice. Le pardon.
Sans se départir de son sourire, il contempla d'un air distrait les grains de sable qui filaient entre ses doigts.
- Pardonne-moi. Mais je crois que tu fais erreur. Ou alors tu dois vivre dans le monde des rêves. Je vais te dire ce qu'est l'amour.Il se tourna vers elle et elle crut sentir ses yeux qui plongeaient au-dedans de son âme.
- Lorsque nous disons que nous aimons, qu'est-ce que cela veut dire ? simplement que
nous possédons. Puisque dès l'instant que nous perdons la personne aimée nous nous
sentons perdus, vides de tout. En réalité, en disant que nous aimons, nous ne faisons
que légaliser un sentiment de possession.
- Même lorsque nous pardonnons à un être qui nous fait mal, qui nous trahtit
- Même là. Que faisons-nous ? On lui veut, on s'en souvient. Et finalement nous
sommes amenés à prononcer la phrase sacrée :" Je te pardonne " Qu'est-ce que cela
révèle ? Rien. Rien d'autre si ce n'est que nous demeurons toujours et encore le
personnage central, que c'est "moi" qui assume l'importance, puisque c'est encore "moi" qui pardonne…tu as peut-être raison Yasmina. Je crains l'amour. Il n'est fondé que sur l'attirance des corps, sur l'idée de possession, la jalousie, la méfiance et la peur. C'est terrible d'avoir peur. C'est comme mourir. Certes, nous croyons aimer. Mais en vérité, nous n'aimons que nous. Et comme je te le disais, je me trouve imparfait. Peut-on aimer ce qui est imparfait ?
Yasmina leva les bras au ciel dans un geste fataliste.
- Cheikh el-raïs, ta rhétorique me dépasse. Je ne suis qu'une simple mortelle. Je te parle de cœur,Tu me parles d'algèbre et de choses qui me dépassent…soit, puisque tel est ton désir, tu partiras Sans moi vers la province du Sud. Page 216

Une belle reflexion sur l'amour et la vie.(quoique un peu pessimiste)

La medecine,c'est beau, on ne le dira jamais assez!

9 commentaires:

Nacer a dit…

je suis vraiment heureux de voir qu'il ya des medecins qui resonnent comme toi et surtout qui ont un certain recul par rapport au métier car je dois avouer qu'à un moment donné je voyais le metier de medecin comme suit : symptôme A ---> traitement B.Aprés mon bac, j'ai découvert Aristote et j'ai été impréssionné par sa façon de voir les choses et notament la politique et le civisme et bien plutard que j'ai decouvert que c'était.....un medecin.Ce qui m'a aussi touché c le lien que tu as fait entre la médecine et la poèsie :) j'éspère que tous les medecins voient les choses aussi noblement et ne réduisent pas l'exercice du métier à l'état de la trésorerie de leurs cliniques ou de leurs cabinets.Et Puisque tu as parlé de medecine de l'âme , je voudrais dire qu'elle a proposé des théories pour comprendre le don des artistes grâce notament aux travaux de Freud et de Lacan .En effet,la sublimation(une pulsion qui devient un sentiment noble et superieur)serait à l'origine de toute création artistique....A vérifier !!

Incognito a dit…

Salam,
Une approche lyrique de la médecine ! Tant qu’elle favorise une meilleure empathie alors pourquoi pas, d’autant plus que la médecine actuelle est de plus en plus technique.
Etre bon observateur, raisonnable, et d’âme sensible…c’est une voie royale en médecine ! Et d’ailleurs cette même voie a fait briller nos médecins ancestraux de l’époque médiévale qui fut l’âge d’or de la médecine arabe, l’espoir que de tels models émergent nous caressera toujours tant que des vraies potentialités existent dans le pays.
Au plaisir de te lire.

Sanae a dit…

Si tous les medecins etaient poetes, les malades se retrouveraient toujours devant des individus dotes de sensibilite, qui est une merveilleuse qualite a avoir dans cette profession. Alors a quand l'introduction de la poesie dans le programme de medecine ?

Nacer a dit…

Je suis de l'avis de sanae ,il faut introduire la poésie dans les programmes de la médecine.Et crois moi si tous les medecins avaient ton niveau ça serait vraiment une grande révélation au maroc.
P.S : rah je t'ai laissé quelques commentaires un peu partout dans le blog.

Titif a dit…

Bonjour,
Première visite.
J'avoue que je n'ai jamais vraiment pensé à ce lien entre médecine et poésie et si cette idée m'avait traversé l'esprit, je l'aurais surement laissée tomber car ce serait utopique.
Mais c'est touchant de découvrir qu'un "technicien du corps" peut aussi être un "lyrique de l'âme".
Bravo !

Titif a dit…

Bonjour,
Première visite.
J'avoue que je n'ai jamais vraiment pensé à ce lien entre médecine et poésie et si cette idée m'avait traversé l'esprit, je l'aurais surement laissée tomber car ce serait utopique.
Mais c'est touchant de découvrir qu'un "technicien du corps" peut aussi être un "lyrique de l'âme".
Bravo !

david santos a dit…

I come to desire to you a weekend happy. thank you

psynaj a dit…

que de maux!que de mots, bel éloge !

Anonyme a dit…

ç bien, les mots refletent un etat d'esprit en phase d'epanouissement et retracent un chemin déja parcouru par klk ancetres. que les lumières de ton chemin ne cessent d'etre ton guide. il faut y croire. je le fais et le HASARD qui m'a...ton blog ce soir n'est qu'une lumière de mon chemin. sauf que mon metier est purement technique mais son objectif est de veiller sur les vies humaines qui survolent les nuages! je te souhaite un bon voyage! MOHAMED